Gérer ses conflits intérieurs - que penser de l'alimentation végétalienne ?

Publié le par Marie

Gérer ses conflits intérieurs - que penser de l'alimentation végétalienne ?

Si pour rien au monde je ne changerai de régime alimentaire, le végétalisme ne m'a pas toujours évident, et aujourd'hui encore il m'arrive de temps à autre de douter, de le remettre en question, ou de l'oublier quelques instants.

Sans dire que je dévore un énorme bifteck quand bon me chante, ça non, je crois que je ne pourrais plus. Mais plutôt en fermant un peu les yeux sur le contenu précis d'une sauce ou d'un plat quand je mange à l'extérieur, ou quand j'ai l'impression de sentir venir une pulsion alimentaire.

Parce qu'avant tout, tout ce que je fais désormais, c'est pour mon bien-être - et celui des autres, animaux mais aussi êtres humains qui m'entourent !

C'est dans ce genre de circonstances que, parfois, explosent dans ma tête des conflits, quand deux idées s'opposent : goûter à la tarte tatin pleine de beurre que Mamie a concoctée avec amour, ou "respecter les animaux" en refusant ? Accompagner chéri dans ce restaurant qu'il veut tant tester, sachant qu'au mieux j'aurai une alternative végétarienne mais pas vegan, ou nous rabattre sur le sushi glauque d'en bas de la rue ? Choisir pour le 3e soir consécutif le seul plat vegan du restaurant, soit une pizza médiocre, alors que j'ai une envie délirante de moule-frites / ou de manger plus sainement ?

Évidemment, les restaurants souvent s'adaptent - quoiqu'à Lyon, capital de la tripaille, et en commandant au dernier moment, pas sûr. De même dans la plupart des restaurants touristiques.

Et puis je suis comme tout le monde : au restaurant, le plus souvent, j'aime manger quelque chose de bon et de satisfaisant ; et je n'ai pas TOUJOURS envie d'une grande assiette de crudités (parce que oui, si vous êtes végétalien, vous n'avez pas le droit à du riz ou des pâtes dans votre assiette, étant donné que vous ne mâchez que de l'herbe crue non assaisonnée).

Alors oui, dans ces situations, il m'arrive de ne manger que végétarien. Rarement par intentionnalité, parce que je VEUX du fromage ou des œufs, plutôt pour mon équilibre personnel et pour éviter de contrarier un maximum de monde. Il va de soi que si, systématiquement, j'avais TOUTES les options vegan à disposition, c'est celles-ci que je choisirais toujours.

Il en va de même quand je mange au self de mon lieu de travail le midi ; si je m'amène souvent moi-même mon casse-croûte, je n'ai pas toujours le temps ou le courage de TOUT me préparer à l'avance (surtout quand vous vous faites une semaine de 80h...! - autre conflit intérieur : préparer tout ses repas et manger sain et vegan, ou faire des bonnes nuits de sommeil ?). J'ai la chance d'avoir un self qui propose systématiquement des crudités et des salades vertes : aux olives, maïs, tomates... mais aussi thon, œuf dur, fromage. Et parfois, il n'y a pas de choix 100% sans produit animal. Dans ce cas, je trie si je le peux ; mais je déteste le gâchis. Ce fromage, cet œuf, il a déjà été acheté et utilisé, que je le mange ou non n'y changera rien ; et je trouve ça au moins aussi insupportable de jeter de la nourriture encore bonne, quand la moitié du monde crève de faim, que de surexploiter les animaux pour nos convenances personnelles. Alors en fonction des jours, mon attitude change : je trie ou pas.

Ce qui rend mon attitude difficile à interpréter : mais, c'est quoi ton régime alimentaire ? Tu te dis vegan mais tu as envie de moules au restaurant ?! Tu es omnivore-chiante en fait ?

Je sais que pour beaucoup de végétaliens, l'idée même de consommer un millimètre-cube de produit animal est inconcevable ; pour ma part - et cela va en énerver beaucoup - je suis arrivée au végétalisme par souci diététique initialement (cf. mon article sur mes TCA), ce qui explique que dans des situations compliquées, où je sens naître en moi un conflit entre "manger vegan" ou "voir ressortir mes anciens démons", je puisse choisir une solution intermédiaire qui ne soit pas forcément vegan. Je le répète, si j'avais en toutes situations une option végétalienne qui satisfasse à la fois mes convictions récentes sur la cause animale, ainsi que mon fragile équilibre d'ancienne anorexique-boulimique, c'est celle-ci que je choisirai.

Oui, je suis végétalienne, parce que tout dans ce mode de vie et de manger me convient et que m'y retrouve autant que je m'y épanouis. Mais non, je refuse de me coincer dans un moule d'autorisés ou interdits, au risque de recréer la pulsion boulimique, ou l'inconfort social.

Je suis une végétalienne adaptable, en quelques sortes. ;-)

Attention, mes écarts à ce régime ne répondent que peu à des envies, mais plutôt à des contraintes ; je ne suis pas (plus!) vegan la semaine, et omnivore le week-end. Je suis une végétalienne qui ne s'assume peut-être pas encore assez pour avoir le culot de l'affirmer en toutes circonstances, et surtout au sein du milieu professionnel médical dans lequel j'évolue, où je sais les critiques fusent vite... Et rien ne m'agace plus que les gens qui se mêlent de votre assiette.

Je suis bien incapable de promettre de ne jamais changer d'avis ; qui le serai ? Mais mes raisons de m’alimenter ainsi ont changées, de diététiques elles sont passées à éthiques, et désormais cela me fend le cœur de traverser le rayon boucherie d'un supermarché - alors qu'auparavant, je continuais à y acheter régulièrement de la viande pour chéri.

Je continue à douter également quand je pense à mes futurs grossesses et enfants. Les pédiatres sont formels, l'alimentation vegan pour un enfant est à considérer comme une maltraitance ! Si ces mots sont pour moi totalement démesurés (et au fait, quid des parents qui nourrissent leurs enfants à la friture et aux sodas ? Quid des petits obèses de seulement 2 ans et demi, dont la bonne santé est d'ores et déjà sévèrement compromise ?), je ne peux m'empêcher de remettre tout ça en question ; pourquoi ce mode de vie, censé être le plus respectueux mais aussi le plus sain, tourne-t-il malgré tout autour d'une grosse carence en B12 ? (edit : ça y est, j'ai la réponse ici ! :-)) Si je suis végétalienne pendant ma grossesse, est-ce que je risque de compromettre la santé de mon futur bébé ? Et comment pourrais-je le faire manger, sachant qu'en tant que future allergologue je veux qu'il connaisse tous les allergènes potentiels y compris lait œuf et viandes, mais ne supportant plus de couper un morceau de poulet ?

Je suis persuadée que nous allons avancer sur le sujet, notamment dans le milieu médical. Cela fait des années que l'on persuade puis dément la façon d'élever, nourrir, coucher, laver... les bébés. On nous vend l'importance des produits laitiers dans la petite enfance, mais les pays asiatiques où la consommation de produits laitiers est presque nulle sont les moins touchés par l'ostéoporose (à l'inverse, la Suède connait le phénomène inverse ; étonnant, non ?). Autre fait intéressant, le lait maternel "protège du diabète, cholestérol, surpoids, hypertension, infections" comparé au lait de croissance préparé à base de lait de vache ; ne serait-ce pas plutôt le lait de vache (bien qu'adapté à des nourrissons, n'en donnez surtout pas pur avant 3 ans !) qui, puisque fait pour les veaux, occasionne un sur-risque de diabète, cholestérol, surpoids, hypertension et infections ?

On nous rabâche aussi l'importance d'un bon taux de fer dans le sang, mais plus de la moitié de la population (végétarienne ou omnivore confondue) est carencée, et totalement asymptomatique. Comment ne pas penser que les normes n'ont pas été faites durant une époque ou la population avait une tendance carnivore, et sont donc surestimées ?

On critique la supplémentation nécessaire au régime végétalien, mais on supplémente systématiquement les bébés dès leur naissance en vitamine K, D, et bientôt en fer. Et les adultes et personnes âgées en calcium, fer, vitamine D, magnésium... Personne n'est donc épargné !

Heureusement, de plus en plus de mamans véganes (Myrtee, Magalie, Lisa... et tant d'autres) partagent leur expérience sur les réseaux sociaux, et prouvent au monde entier qu'une grossesse et une enfance 100% vegan ne fabrique pas des bébés retardés et carencés - ouf !

Les choses ne cessent d'évoluer... Dans ma tête, et dans le monde entier. Et je reste persuadée que dans 20 ans, le végétalisme (et encore plus le végétarisme) sera un basique reconnu comme une alimentation toute à fait viable - comme c'est d'ailleurs déjà le cas dans de nombreux pays outre-atlantique ou européens. La France seule semble tarder à évoluer, et reste très frontalement opposée à cela, craignant je ne sais quoi, que cela nuisent aux éleveurs de nos régions ? (alors que 90% des gens achètent à bas prix des produits issus de l'industrie...) ; ne cessent de nous marteler avec le diktat des produits laitiers, et s'amusent à ridiculiser cette "mode vegan". Encore une belle preuve de notre ouverture d'esprit, qui à l'instar du la légalisation du mariage gay, va encore nous faire passer pour des conservateurs retardés qui se prennent vraiment la tête pour des choses idiotes, au lieu de considérer les vrais problèmes de la société actuelle. Mais cela est un autre débat... Peut-être à venir un jour sur ce blog ;-)

N'hésitez pas en tous cas à me faire part de vos réactions, commentaires, expériences en la matière si vous en avez. Vous avez tout à fait le droit légitime de ne pas être en accord avec ce que je vous raconte, je suis ouverte à toute discussion et ne prétend détenir aucune vérité ! J'aime la discussion et apprendre de mes expériences et de celles des autres :-)

A bientôt pour un article j'espère un peu plus fun ;-)

Tendrement,

Marie

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Myrtee 08/09/2016 14:59

Merci pour ton article. Nous vivons tous, toutes notre veganisme différemment, tout comme notre vie, non

Marie 08/09/2016 16:13

Tout à fait :-) Merci à toi pour ton gentil commentaire :-* !