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"A force de rentrer dans le moule on finit par ressembler à une tarte."

L'éveil du (moi)s de décembre - sororité

L'éveil du (moi)s de décembre - sororité

La société est sexiste. On peut bien en dire ce que l’on veut, nous faire croire que l’égalité homme-femme est parfaite, il n’en est rien. Et pas seulement sur des aspects factuels tels que les différences de postes ou de salaire, mais aussi (surtout?) dans les mentalités. Les mêmes mentalités véhiculées régulièrement par des femmes elles-mêmes… ! Je m’explique.

 
Dans les mentalités (et cela est très véhiculé par les films des années 80), une femme doit être douce, calme, prendre soin d’elle mais sans trop se mettre en avant, ne pas s’habiller trop court mais être sexy, ne pas se maquiller comme un pot de peinture mais ne pas avoir l’air négligé, ne pas tenir tête sous peine d’être prise pour une hystérique, ne pas multiplier les conquêtes sous peine d’être péjorativement qualifiée de « fille facile » … Réfléchissez-y ou demandez autour de vous, ce sont des clichés sans cesse répétés et reproduits. 
"Pardon ??" Et oui madame cliché.

"Pardon ??" Et oui madame cliché.

Oui, il existe bien sûr des équivalents imposés aux hommes : être fort et musclé, savoir construire un meuble, être ambitieux, endurant au lit… Cependant, il me semble que ces injonctions sont :

 
1) moins nombreuses malgré tout. On demande BEAUCOUP MOINS aux hommes de rentrer dans une norme physique qu’aux femmes ! Quand j’entends par exemple dire que l’épilation est pour  « une femme qui prends soin d’elle et s’accorde un moment pour elle » … Mais LOL. Excusez-moi mesdames mais l’heure d'épilation est-elle vraiment le meilleur moment de votre semaine ? Et se faire mal ce n’est pas prendre « soin » de soi je suis désolée. C’est prendre soin de préserver les clichés tout au plus. 
 
2) des injonctions plutôt… motivantes ! On demande à un homme d’être « plus » ceci, cela, comme ci ou comme ça… Et à une femme d’être « moins » quelque chose. D’inhiber son comportement, de garder ses rêves, ses idées, ses pulsions, ses émotions. D’avoir moins de kilos (alors qu’une femme stocke naturellement pour la grossesse entre autres, même si elle n’en souhaite pas, c’est hormonal chez la majorité versus la testostérone qui favorise la prise de masse musculaire).
 
Bon, ça encore, ce n’est peut-être que mon avis personnel.
Mais je trouve que nous manquons CRUELLEMENT de sororité.
Sororité, c’est l’équivalent féminin de fraternité. Et oui, même la devise française est genrée. Sauf que ce mot, personne ne le connaissait avant 2019.
L'éveil du (moi)s de décembre - sororité

La sonorité, c’est donc l’équivalent de la fraternité mais entre femmes. Se soutenir, se comprendre, s’entraider.

Alors que la plupart des milieux de femmes qu’il m’ai été donné de connaitre, c’était plutôt ragots, crêpages de chignon, comparaison et compétition les unes envers les autres. 
Mais pourquoi ?
Pourquoi autant de femmes préfèrent travailler dans un milieu plus masculin, alors que l’inverse est très peu vrai ?
Pourquoi nous irritons-nous autant les unes les autres ?
 
La réponse n’est pas aisée et je n’aime pas faire de théories genrées. Tout ce que je dis par la suite est à prendre « dans la majorité des cas » et pas comme une vérité absolue. Heureusement que je ne parle que d’une majorité et pas de tou.te.s ! 
 
Il me semble que si les femmes se jugent autant les unes les autres (« regarde elle s’habille en minijupe alors qu’elle a des gros mollets », « regarde on voit ses bourrelets c’est disgracieux », « cette patiente avec ces symptômes bizarres, je pense que c’est une folle » - je reviendrai sur ce dernier exemple), c’est à cause des injonctions masculines (ou machistes) qu’on nous a mises dans la tête depuis toutes petites. On « prends soin de nous » pour être comme les hommes (pas tous) le souhaiterait, comme ils nous le véhiculent à longueur d’année dans les magazines. Curieux quand même que les PDG des magazines féminins et magasins de lingerie soient des hommes, non ? Que presque 80% des femmes retirent leur soutien-gorge en rentrant chez elle le soir, mais que plus de 80% en porte quand même ?
Curieux que l’on critique les corps des autres femmes alors qu’on vit soi-même une très mauvaise relation au sien ? Que l’on voit d’un mauvais oeil une collègue trop ambitieuse en pensant qu’elle « veut bien se faire voir » ou qui a une promotion en se disant qu’elle a dû « passer sous le bureau » alors que nous pourrions simplement être heureuse pour elle, heureuse de voir une femme arriver à haut poste dans une société ?
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Mesdames, mères, soeurs, amies, cousines : dans ce climat sexiste, apprenons peut-être enfin à être solidaires les unes des autres !

A ne plus se juger constamment sur nos physiques et nos tenues vestimentaires, en défendant cette liberté que nous offre la France (même si elle reste perfectible, on reste quand même pas mal loties :-)).
A ne plus se regarder bizarrement quand l’une d’entre nous allaite en public. C’est le geste le plus NATUREL qui soit, même si l’enfant à 2, 3 ou 5 ans. C’est l’HOMME qui l’a sexualisé. C’est l’HOMME qui voit le petit enfant au sein comme une drôle de pratique sexuelle quand le bébé a plus de 6 mois. En pratique, tous les autres mammifères allaitent plus longtemps, et tous les bébés ont besoin de lait (maternel ou maternité) jusqu’à 3 ans. 
A ne plus se mettre en comparaison permanente, à ne plus s’envier quand l’une est plus jolie, l’autre plus talentueuse, la 3e plus sociable… Nous sommes toutes des puits de talents et de créativité, nous sommes toutes beaucoup plus puissantes que ce qu’on veut bien nous laisser croire, et devons toutes être solidaires dans ce milieu sexiste, et non pas véhiculer nous aussi ces croyances qui nous font du tort.
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Pour parler d’expérience personnelle, le milieu médical dans lequel j’ai fait mes études ne m’a jamais paru « trop » sexiste. Un peu de temps à autres, mais je n’ai jamais ressenti à aucun moment de ma vie d’ailleurs de limites « parce que » j’étais une femme. Beaucoup d’injonctions oui, mais pas de vraies barrières.

Par contre, je me rends compte que j’ai souvent beaucoup raisonné « à la dure » (ou "à la macho") et transmis cela autour de moi. Une femme qui est choquée qu’on ai pu lui faire un toucher vaginal au bloc opératoire alors qu’elle était endormie ? Quelle chochotte, « un corps est un corps » et c’est bien « normal » d’être triturée de partout quand on est opérée.
Une femme qui a des symptômes que la médecine n’arrive pas à expliquer ? Elle est folle, tout ses bilans sont normaux elle devrait plutôt se réjouir au lieu d’être hypochondriaque.
Une femme qui essaie d’élever son enfant qu’une manière différente ? Une « biobio » (terme entendu texto d’une médecine femme) qui n’a rien compris (alors que c’est peut être le système actuel qui ne comprends rien…).
 
Avec le recul, quelle dureté de ma part de soignante (pour quelqu’un qui prône l’empathie, merci!) et quels raisonnements absurdes qui ne m’appartenaient pourtant pas !
On peut dire que tout cela n’a rien à voir avec la dualité homme/femme, mais je suis quand même intimement convaincue qu’une partie (moyenne ou grande) de ces idées sont issues d’un raisonnement masculin, devrais-je plutôt dire machiste, et traduisent un tous cas un manque cruel de sensibilité et d’humilité. 
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Des arguments factuels montrent que la médecine reste, même en 2019, sexiste : 

  • Il existe des dizaines de traitements contre la dysfonctionnelle érectile, certains étant même complètement tordus, alors que le clitoris n’est jamais une partie de l’anatomie qui nous est enseignée (et ne parlons pas du désir féminin, ça n’existe pas!)
  • La contraception masculine se résume aux préservatifs. Tout le reste, les contraceptions hormonales et tutti quanti, c’est aux femmes de gérer (et subir).
  • Le préservatif masculin est désormais remboursé. En parallèle, les règles restent tabous et on est à des années lumières de rembourser les protections hygiéniques.
  • Une femme dont on ne comprend pas les symptômes, en médecine, c’est une folle ou une dépressive. On a écrit « fibromyalgie » sur le grand dictionnaire des maladies mais au sein du corps médical, ce diagnostic a peu de crédibilité, et je pense aussi qu’il regroupe des dizaines de causes différentes qu’on ne prend pas assez la peine de creuser d’une point de vue psychosomatique. Des hommes sont atteints aussi, mais ils sont 10 fois moins nombreux. J’ai moi-même dit de nombreuses fois, « parce que ça se fait » et parce que le monde de la médecine est dur et terre à terre, que certaines patients étaient des « folles ». Parfois oui, mais dans la majorité des cas non : il faut juste ouvrir le dialogue et être à l’écoute. On aura pas forcément la réponse au problème, mais on gagnera au moins en humanité.
 
J’espère avoir réussi à faire passer un message positif au sein de cet article, sans mettre tous les hommes dans le même panier de machos. Je suis pour ma part le plus souvent entourée d’hommes extrêmement bienveillants et féministes, mais aussi confrontées au quotidien à des réflexions très sexistes mais dites de façon ordinaire, y compris par des femmes. Ayant été moi-même une « méchante » dans cette histoire, j’espère avoir pu vous sensibiliser à ces pensées et réflexions « automatiques » que l’on a/dit et qui continuent pourtant à nous nuire et à nous faire du mal.
L'éveil du (moi)s de décembre - sororité
N’hésitez pas à me partager vos réflexions, contre-arguments, idées, dans l’espace commentaire ci-dessous. Je me ferais un plaisir de les lire et d’y répondre !
 
A bientôt pour un nouvel article !
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