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"A force de rentrer dans le moule on finit par ressembler à une tarte."

L'éveil du moi(s) de novembre - mort et maladie

L'éveil du moi(s) de novembre - mort et maladie

Un sujet qui me tiens à cœur depuis longtemps est celui de la maladie et de la mort. C'est un peu mon corps de métier, mais ma vision la dessus a grandement changé cette dernière année, et j'ai quitté mon poste de "technicienne de la physiologie humaine" pour élargir mon champ de vision à des approches plus globales, plus holistiques, et surtout à une réflexion sur le fond et le sens de mon rapport à la maladie. 

Mes proches savent que je côtoie le domaine médical depuis mes 14 ans, par contrainte, mais cela n'a fait que renforcer mon attrait pour les hôpitaux et la médecine au lieu de m'en dégoûter. Il faut dire aussi que ma mère étant dans le milieu médical, c'est toujours un domaine dont on a parlé avec fascination à la maison et que je vois plus comme une grande entité qui a sauvé mon père - comme elle sauve les gens en général - plutôt qu'un milieu hostile ou les gens meurent. Malgré tout, je pense avec le recul qu'en choisissant le métier de médecin, certes je nourrissait en moi cette vocation pour le fait de prendre soin des autres, mais j'alimentais aussi une peur (justifiée mais) démesurée de me retrouver côté patient.e. Le costume de soignant.e comme armure face à la maladie, un grand classique bien trop revisité.

Au fur et à mesure de mes stages, j’ai beaucoup fait évoluer mon alimentation pour ne pas finir diabétique ou cardiaque, j'ai évité certains sports pour ne pas me blesser, renié certains médicaments parce que "une personne une fois » en avait subi un effet indésirable (tout en en prescrivant aux autres ! ). Une prise de sang légèrement modifiée me faisait sentir malade - et terriblement coupable, une stage en endocrinologie ma persuadée que je finirais en obésité morbide si je n'étais pas au régime et à la salle de sport toute ma vie, ces idées venant de moi et de mon imaginaire débordant, et non du corps médical je tiens à le préciser. Orthorexique, j'étais persuadée de faire les choses "au mieux" sans considérer le stress que cela me générait et la pathologie mentale qui se développait en réalité en moi. 

L'éveil du moi(s) de novembre - mort et maladie

La lecture de « La formule du bonheur » de Mo Gwandat m’a fait comprendre que ces agissements « extrêmes » étaient en effet en lien avec des peurs, ma peur de la mort et de la maladie, pour moi comme pour mes proches. Je n’étais pas devenu médecin par affinité avec la maladie, mais plutôt pour m’y opposer franchement.

Perdre les gens qui me sont proches sont de fait l’une de mes plus grandes angoisses, et mon exercice en hôpital me l’a confirmé. Je donne souvent l’impression d’être une fille zen, qui ne s’angoisse pas d’un rien, voir qui s’en fou selon les sujets que l’on considère ; il n’en est rien, c’est juste que la gravité des situations médicales que j’ai connu, dans la sphère personnelle ou plus souvent professionnelle, m’ont donné une dose de relativisme ENORME, et que je répète souvent à qui veut bien l’entendre que « rien n’est grave s’il ne s’agit pas de problèmes médicaux, financiers ou légaux ».

Et c’est vrai, il est important de relativiser nos petits ou moins petits tracas du quotidien tant qu’il s’agit, pour moi, de problèmes passagers dont on ne se souviendra pas nécessairement dans 1, 2, 10 ans. Mais quand je vois la souffrance qu’occasionne aussi l’annonce d’une pathologie ou la mort d’un proche, sur le moment mais aussi dans la durée… Je me dis qu’il y a quelque chose à faire. Ressasser un problème quel qu’il soit fait souvent peu avancer les choses, alors pourquoi avoir tant de mal à aller de l’avant lorsque cela touche au médical ?

L'éveil du moi(s) de novembre - mort et maladie

Mo Gwandat nous dit aussi que, selon lui, la vie met nos peurs à épreuve et nous représentera ces épreuves tant que nous n’y succédons pas. On peur voir les choses comme on le souhaite, mais le voir sous cet angle me permet d’avancer et d’avoir envie de travailler sur ces peurs et ces blocages, n’ayant aucune envie d’être à nouveau confrontée à un problème de santé douloureux dans mon entourage. 

J’ai lu il y a très longtemps je ne sais plus où, et cela se vérifie chaque jour, que les tabous sexe/mort se sont complètement inversés ce dernier siècle dans notre société. Alors qu’il y a 60 ans, le sexe était très caché mais que les gens mourraient à leur domicile entourés par leur famille, c’est maintenant complètement l’inverse que l’on constate : une société hyper décomplexée, très sexualisée, mais qui refuse d’admettre que la mort et la maladie font partie intégrante du jeu. La « faute » à la médecine qui soigne aujourd’hui « trop bien » et laisse peu de gens sur le carreaux, ou alors dans un immense sentiment d’échec. On maintient en vie des personnes âgées, très âgées, on opère pour la 4ème fois un cancer multimétastasé, on traite avant le moindre symptôme les anomalies biologiques qui pourraient nous causer défaut à l’avenir… Et je ne dis pas que c’est mal, au contraire, c’est merveilleux de sauver des enfants atteints de leucémie et d’empêcher son père de faire un infarctus à 50 ans ! Je pense juste qu’on a, de ce fait, transformé mort et maladie, des processus physiopathologiques presque « normaux » (chaque situation étant très singulière), en tous cas inhérents à la vie, en atrocités qui ne sont « pas censées » nous arriver. 

L'éveil du moi(s) de novembre - mort et maladie

« Pourquoi moi ? » vous êtes vous déjà dit en tombant malade ou en ayant un accident ? « Pourquoi elle, pourquoi lui ? » sont d’excellents témoins de « l’anormalité » d’être malade dans notre société actuelle. Tout parait si lisse, si parfait de nos jours dans les médias ou sur les réseaux, que nous ne sommes absolument plus préparés à ces événements de vie qui pourtant nous concernent TOUS à un moment ou à un autre. Parlez-en autour de vous : les gens qui ont la vie « si lisse » cachent surement eux aussi leur lot de problèmes médicaux ou de souffrance cachée, parce qu’on n’en parle plus ou parce que c’est trop douloureux. 

L'éveil du moi(s) de novembre - mort et maladie

Le fait est que nous y passerons TOUS et que rien ne nous assure de mourir paisiblement dans notre sommeil à 90 ans entouré de tous nos proches. Vous, moi, elle ou lui pouvons mourir dans 10min, 10 jours ou 10 ans. Et non, la superstition de « ne pas en parler » que j’ai eu pendant des années et des années n’a aucun pouvoir là dessus.

Nous avons en réalité tous la possibilité de choisir la façon dont nous vivons les évènements, y compris la mort et la maladie. Je sais que cette affirmation a quelque chose de choquant, de pas très crédible, et pourtant elle est pleine de vérité. Faites le constat autour de vous lorsqu’il s’agit d’évènements « mineurs » ; ces différences de réaction d’une personne à l’autre peuvent aussi être transposées à des sujets plus graves, bien que cela nécessite beaucoup plus d’efforts et de travail.

Je ne dis pas qu’on peut choisir facilement ou rapidement de "bien vivre" la mort d’un proche, loin de là. On peut en revanche s’y préparer, quelque soit notre âge et le sien, sans que cela ne soit « glauque » ou triste, afin de moins vivre la situation comme un traumatisme. 

L'éveil du moi(s) de novembre - mort et maladie

Il « suffit » de se dire que nous pouvons tous mourir à chaque instant. Et ce n’est pas flippant, c’est la vie, et il n’y a que comme cela qu’elle est intéressante ! Il n’est pas question de se mettre à voir la mort partout, mais plutôt à voir la vie qu’il y a dans chaque instant. Chaque sourire, chaque éclat de rire partagé avec l’être aimé, chaque moment passé entre amis, chaque minute où vous respirez librement et vous sentez en vie. Tout ça, ce sont des moments uniques, extrêmement précieux et éphémères. Si nous n’en avons pas conscience maintenant, il se peut en effet qu’une maladie, un handicap ou la mort soit traumatisante car nous aurons sans cesse l’impression de « ne pas avoir assez profité, pas assez vécu ; ah, si j’avais su… ». 

Vous savez. Vous savez désormais que tout peut s’arrêter du jour au lendemain, que non, la maladie ne touche pas que les autres et qu’elle ne punie pas untel ou untel. Que la médecine fera de son mieux mais qu’elle ne fait qu’aider, et qu’elle n’est pas coupable si elle ne parviens pas à guérir. Le jour où les choses devront s’arrêter, vous ne pourrez qu’être empli de joie d’avoir pu vivre « autant » et d’avoir pu accumuler autant de souvenirs joyeux. C’est ce message qu’il faudra transmettre aux autres aussi. Et si c’est eux qui viennent à partir en premier, vous ne pourrez aussi qu’être reconnaissant.e de ces moments qu’il vous a été donné de partager.

L'éveil du moi(s) de novembre - mort et maladie

La vie n’est pas un dû, la santé non plus. Il s’agit d’un véritable cadeau, même si toutes les vies ne sont ni faciles ni évidentes pour tous, il n’y a rien d’autre qui puisse nous offrir autant d’opportunités. 

Apprenons à profiter de chaque jour de plus que nous passons en vie, valide, en sécurité, libre, entourés de gens que l’on aime. La vie fait toujours bien les choses, et si certaines choses s’arrêtent, c’est que d’autres sont à venir.

Sachons ne plus voir mort et maladie comme des intrus dans nos vies, mais comme des éventualités, et ayons de la gratitude pour toutes les années passées sans elles. 

Et pourquoi ne pas aussi changer notre vision sur la mort… ? Affaire à suivre ! :-)

L'éveil du moi(s) de novembre - mort et maladie

Comme toujours j’espère que cet article a pu vous parler, je sais que certain.e.s le trouveront choquant ou impossible à mettre en place en pratique, et pourtant je suis persuadée qu’il peut aider à moins souffrir. Mais encore une fois, les représentations de la mort et de la maladie étant des choses vraiment très personnelles, je ne peux que vous donner des pistes de réflexion et non une vision pré-conçue à adopter !

N’hésitez pas à laisser un petit commentaire, à me donner vos avis, ou à lancer un débat si le coeur vous en dit !

On se retrouve au plus tard le mois prochain pour un nouvel artile. Si vous souhaitez que j’aborde certains thèmes dans mes éveils du moi(s), n’hésitez surtout pas à m’en faire part, je me ferais une joie d’essayer de répondre à vos demandes !

 

A bientôt !

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Ronde 07/04/2020 17:16

Merci pour cet article qui raisonne en moi et qui, pour te rassurer, ne me choque pas du tout.
Ma plus grande crainte dans la vie était que je perde mon père et ... quand je l'ai perdu, et contrairement à ce que je redoutais, je ne me suis pas sentie dévastée et en colère, mais pleine de gratitude pour tous les merveilleux moments qu'on a passés ensemble.
Alors oui savourons ces instants tant qu'ils se présentent.

Maman 04/11/2019 21:02

Ta grand mère, quelques semaines avant sa mort, disait : «J’aime la vie et, de cette vie que j’aime, la mort fait partie. »
Nulle autre quelle n’aura su faire te passer le message aussi bien... ❤️