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"A force de rentrer dans le moule on finit par ressembler à une tarte."

La culpabilité (en général, et face à la réalité écologique)

La culpabilité (en général, et face à la réalité écologique)

J’entends et je lis beaucoup autour de moi que tout ces reportages, articles, discours sur l’écologie, ça fait « culpabiliser », et que ces remarques permanentes sur sa façon de consommer est fatiguant voir moralisateur. Ce sont des émotions que j’ai moi-même pu ressentir, mais que j’ai aussi vécu de l’autre côté du miroir chez des proches ou moins proches. Il m'est arrivé de faire une réflexion sur un fait de société en général, mais mon interlocuteur.rice le prenait comme un reproche personnel!

 

Je souhaitais donc dans cette article parler de cette fameuse culpabilité, d’où vient-elle, mais surtout : que peut-on en faire ? (spoiler : du positif! ;-))

Cet article est volontairement un peu long car je souhaite vous faire revenir à la source de cette émotion. Préparez-vous donc un bon thé, installez-vous confortablement, et faites une pause dès que vous le souhaitez! (Moi je ne bouge pas, je vous attendrai le temps qu'il faudra :-))

 

Culpabilité, faute et morale : quelques définitions

La cupabilité, c’est se sentir coupable. Le coupable, c’est celui qui a commis une faute. Une faute, c’est un « manquement à la règle morale ou au devoir ». Et la morale, c’est un « ensemble de règles de conduite considérées comme bonnes ».

 

Nous y voilà donc. En dehors des situations légales et judiciaires, une faute est définie par opposition à ce que nous considérons, au sein d’une société, comme « bon ». Autant vous dire que tout cela est très relatif, et en perpétuelle évolution !

Prenons exemple de la condition de l’Homme noir il y a 500 ans ; cette différence de valeur d'un individu selon la couleur de sa peau est aujourd’hui totalement obsolète, et pourtant nos ancêtres vivaient avec cette croyance en tout bien tout honneur. 500 ans, à l’échelle de l’humanité, autant dire que c’est une évolution très très rapide !

La condition de la Femme dans le monde et dans le temps en est aussi un exemple très frappant. A l’heure actuelle, en fonction des régions du globe, la Femme est tantôt vue comme un égal de l’Homme ou comme inférieure, a des droits et des devoirs qui vont d’un extrême à l’autre, et là encore ces croyances ont évolué à une vitesse record par exemple en France. Quand on sait que nous n’avons le droit de voter que depuis 75 ans….. !

 

J’utilise des exemples très « clichés » pour illustrer l’idée que la faute, elle-même définie par la morale, est finalement quelque chose de très subjectif. Et qu’en fonction de nos systèmes de pensées et de notre morale, nous pourrons ou pas nous sentir fautif dans une situation donnée.

Premier vote pour les femmes en 1944 !

Premier vote pour les femmes en 1944 !

Moi ou les autres ? 

Nous nous rendons finalement compte que, encore une fois hors situation légale ou judiciaire (encore que), nous nous rendons nous-même fautif au sein d’une société ou d’un groupe de personnes partageant une morale commune. Mais finalement, puisque la culpabilité c’est « se sentir » coupable, ce sentiment ne vient-il pas uniquement de nous-même ?

En développement personnel, on apprend que nos émotions ne dépendent que de nous. Et que dire à une personne qu’elle vous rend heureux.se ou triste, ce n’est finalement pas tout à fait vrai. C’est plus exactement les idées et pensées que cette personne va générer en vous qui peut vous rendre heureux.se ! La différence est subtile et loin d’être aisée, mais si la réflexion vous intéresse je vous renvoie avec plaisir sur ces podcasts dont j’ai déjà souvent parlé.

De la même façon, c’est votre jugement à vous qui va pouvoir vous faire sentir légitime ou non dans une situation donnée. 

Prenons encore une fois un exemple très cliché, celui des complexes. 

 

Vous êtes toujours en retard. Vous le savez, et vous l’assumez - ou pas. 

Si vous l’assumez en temps que tel, comme faisant partie de vous et de votre personnalité, on pourra bien vous le reprocher, vous ne pourrez qu’acquiescer : « c’est vrai c’est infernal, rien à faire je n’arrive jamais à prévoir le bon timing haha! »

En revanche, si vous ne l’assumez pas ou si cela vous dérange quelque part, vous risquez de vous brusquer, de vous énerver, ou alors de vous sentir très mal - honteux, coupable ?

Pourtant, les circonstances sont telles qu'elles sont et l'horloge est impartiale : vous êtes en retard. C’est votre regard sur vous-même qui est différent.

De la même façon, j’ai remarqué qu’un défaut physique pouvait être ou non assumé, et être ainsi ou non une grande cause de souffrance. Ayant longtemps souffert et accordé trop d’importance au regard des autres sur mon physique, j’étais persuadée et obnubilée par le fait que les autres ne voyaient que mes défauts. De la cellulite ici, des poils par là, un bourrelet qui dépasse… Et j’étais persuadée que cela impacterait le regard qu’ils avaient sur moi, en négatif bien sûr.

Puis, à force de travail et d’introspection, je me suis rendue compte que : 

  • la plupart n’en avait RIEN à faire du tout, voir n’avaient absolument pas remarqué mes nombreuses variations de poids
  • Les autres autour de moi semblaient épanoui.e.s et pas du tout préoccupé.e.s par leur.s cellulite, poils, ou bourrelets apparents, et profitaient simplement d’un super moment entre ami.e.s.

Finalement, c’était moi qui portait de manière abusive et disproportionnée ce regard sur les autres (et donc sur moi-même). 

Les circonstances n’ont donc pas changé (je n’ai pas changé de poids ni de taille de vêtements), mais ma pensée s’est libérée de ces jugements et a donc commencé à générer en moi de nouvelles émotions, beaucoup plus positives.

 

En résumé : ce n’est pas la circonstance mais nos pensées et idées sur une situation qui sont à l’origine de nos émotions. Il en est donc de même avec la culpabilité.

Finalement, c’est vous qui vous rendez coupable de quelque chose. Mais à tort ou à raison ?

La culpabilité (en général, et face à la réalité écologique)

Bien ou mal ?

La culpabilité est finalement une émotion qui résulte de plusieurs composantes très subjectives : 

  • le fait de considérer quelque chose comme une « faute », relatif en fonction de la société dans laquelle on évolue, elle-même changeant avec le lieu et le temps ;
  • Le regard que l’on pose sur soi-même, et les pensées que créé chez nous, souvent inconsciemment, une situation donnée.

 

Quand on parle réchauffement climatique, notre société à nous a aujourd’hui admis que c’était « mal ». Mais si on fait un minime changement de lieu (coucou Trump et autres climatosceptiques) ou d’époque (coucou 15 ans en arrière), cela ne semble pas être le cas! Et même si, avec toutes les preuves scientifiques accumulées aujourd’hui, il nous semble EVIDENT qu’il s’agit de quelque chose de "mal", nous n’en sommes malgré tout qu’à quelque chose de défini par une morale. Qui nous dit que le réchauffement climatique ne va pas profiter à certaines espèces ou à certaines populations, dans un futur proche ou lointain ?

Mais si ce sentiment de culpabilité - quand quelqu’un vous parle des effets néfastes de l’élevage intensif de viande par exemple - vous démange, c’est que, dans votre morale à vous, l’environnement c’est important. Et le réchauffement climatique, quelque chose de pas bon.

Mais alors pourquoi ce mal-être ? Pourquoi ne pas plutôt être pris d’une ferveur écologique transcendante et aller vivre du jour au lendemain dans une cabane en bois au milieu des animaux ?

Parce que nous ne vivons pas « que » avec notre morale. Nous avons aussi tout un système de valeurs, une éducation, des contraintes organisationnelles et pratiques qui sont autant de freins et de contradictions avec notre morale.

La culpabilité (en général, et face à la réalité écologique)

Nous trouvons que c’est dégueulasse de laisser dormir un SDF dans la rue mais nous ne nous voyons pas non plus lui proposer notre canapé. Ou alors, nous sommes très pressés et n’avons pas le temps de s’arrêter lui donner 2 euros. Ou alors, on avait plutôt prévu d’acheter un McFlurry avec ces 2 euros et c’est la seule monnaie qu’il nous reste. 

Ne pas s’arrêter auprès de cette personne fait-elle de vous quelqu’un qui s’en fou ? Bien sûr que non. Cela déclenche-t-il pour autant un sentiment de culpabilité ? Peut-être que oui, peut-être que non. Tout dépend si vous êtes à l’aise avec l’idée de reconnaître que vous avez priorisé d’autres aspects de votre vie que celui de l’aide aux personnes SDF.Finalement, quand une situation nous fait culpabiliser, c’est qu’elle déclenche chez nous un sentiment de malaise, malaise lié à une contradiction entre différentes valeurs. Vous savez par exemple la condition d’élevage des vaches laitières et cela vous révolte, mais mamie a préparé son excellente tarte tatin au triple beurre. Vous savez bien qu’acheter un Mac neuf n’est pas le mieux à faire d’un point de vue écologique, mais son ergonomie vous sera d’une aide immense pour préparer votre thèse. Alors que fait-on : on mange de la tarte devant son Mac ou on campe sur ses engagements écologiques ?

La culpabilité (en général, et face à la réalité écologique)

Il est tout à fait possible de ne pas vivre 100% écolo tout en étant 100% engagé ; la culpabilité disparaitra lorsqu’on reconnaitra, soi-même pour soi, faire parfois des choix allant à l’encontre de ses convictions par praticité, aspect financier, éducation ou respect d’une personne ou de la situation. Il ne s’agit pas de se flageller et d’aller confesser ses pêchés non-écologiques, mais de comprendre soi-même pourquoi, dans une situation donnée, on fait un choix qui semble à l’opposé de ce qu’on croit. Le fait-on pour soi ? Pour l’autre ? Pour ce que la société attend de nous ? 

La culpabilité (en général, et face à la réalité écologique)

Tout ce cheminement intellectuel n’est pas aisé, mais je vous assure qu’il est passionnant ! En décortiquant ainsi ses mécanismes de pensée, on arrive enfin de plus en plus à vivre pour soi et à faire les choses pour soi, dans le respect de ce qui nous épanoui le plus, et non plus pour répondre à certains standards ou attentes que les autres ont de nous. La culpabilité se transforme alors en prise de conscience, et amène avec elle des solutions et réflexions nouvelles sur le monde qui nous entoure, et sur comment le rendre plus « bon », meilleur, au regard de notre morale et de nos convictions. 

La culpabilité (en général, et face à la réalité écologique)

Cet article était un peu long et à tendance philosophique, j’espère que vous aurez réussi à me suivre jusqu’ici ! Il me semblait essentiel de faire passer ce message sur la culpabilité, que je vois beaucoup trop souvent et partout, et est plus un frein qu’un moteur au changement qui nous est pourtant essentiel. L’urgence écologique n’est pas une spéculation mais une réalité - à nous de faire de ces circonstances "inertes" des émotions motrices et stimulantes ! :-)

 

N’hésitez pas à débattre là-dessus en commentaire, je me ferai un plaisir de vous lire et de vous répondre !

 

A bientôt !

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So 10/06/2020 15:22

"d’aller confesser ses pêchés non-écologiques" :D

So 10/06/2020 15:21

C'est l'une des raisons qui font que je n'arrive pas à devenir rapidement minimaliste :) A force de me dire "ça peut servir", je me retrouve avec plein de trucs en attente : par exemple, je ne sais pas pourquoi, j'adore les boîtes et les bocaux...

Vincent 24/05/2020 21:48

Merci pour cet article. Cela m'aide à mettre des mots sur les contradictions et dilemmes que je ressens.