Anorexie et boulimie, TCA : mon expérience

Publié le par Marie

Je crois que j'ai commencé à focaliser vraiment sur mon alimentation entre mes 18 et mes 20 ans.

Initialement, ce n'était pas sur l'alimentation en elle-même, c'était plutôt (comme tout le monde) sur mon poids.

Si j'avais toujours été plutôt mince pendant mon adolescence, ma première année de médecine a aussi été la première année où, je crois, mon corps a arrêté de grandir pour se figer à une taille et à un poids "de forme", et où le jambon-mayo de 1h du matin n'était plus sans conséquences !

Je n'ai pas le souvenir d'avoir pris du poids pendant ma première année de médecine ; mais celle-ci a été à l'origine de mes premiers TOC alimentaires, car j'ai inconsciemment rapidement associé "pauses" dans mes révisions à "repas" (car, en fait, je ne faisais vraiment pas d'autres pauses), et donc sans le vouloir à "manger" - et ce indépendamment de ma faim.

De même, je ne rentrais souvent chez moi qu'après une matinée ou une après-midi de travail, et donc à l'heure de manger ; là aussi mon cerveau a créé le lien "rentrer-manger".

Les choses se sont corsées en 2e année de médecine où, en plus des nombreuses soirées chips-alcool (et surtout alcool, en fait), j'ai gardé ces schémas cognitifs alimentaires qui n'avaient alors plus raison d'être, car je travaillais beauuuucoup moins ; mais systématiquement, quand je rentrai chez moi, quelque soit l'heure en fait, il fallait que je grignote un truc. De même, dans des situations stressantes ou énervantes, mon cerveau me proposait de manger pour m'apaiser. A ce moment là je me rendais bien compte que je mangeais sans faim, et ce associé aux kilos que je prenais en parallèle à cause des soirées médecine à profusion, la sensation de stress liée au fait de manger est née. Ça a été je crois le début de mes compulsions alimentaires, pas encore de la vraie boulimie à ce stade, mais les prémices.

Quand j'ai atteins 68kg (mon poids de base était alors habituellement de 61-63kg à l'époque), j'ai arrêté de me peser. Je crois qu'en fait je ne réalisai qu'à moitié, car je me souviens avoir appelé à l'aide sur des forums quant à mes pulsions alimentaires, mais je me souviens aussi avoir été choquée par des photos de moi en maillot de bain lorsque nous sommes partis en vacances une semaine avec des amis à la fin du mois de mai. Je crois que j'ai pris conscience réellement de ma prise de poids à ce moment là, mais nous étions au début des vacances et le moment n'était clairement pas propice au régime...

Ah oui, et mon copain qui - au lieu de m'appeler Mwi, comme à son habitude - m'appelait son "gras Mwi" ; c'était tout mignon, mais ça aurait peut-être dû m'interpeller ;-)

A la fin des vacances, discutant de ma prise de poids, une personne m'a dit une phrase - LA phrase - qui, sans le savoir, a été l'étincelle de la bombe anorexie-boulimie. Une phrase que je ne dirai jamais à personne, et qui semblait pourtant de prime abord toute simple et pleine de bonne volonté : "oh tu sais, moi quand j'ai 1-2kg en trop, je mange 1000kcal/jour pendant une semaine et je perds 1kg en 1-2 semaine comme ça, c'est vite fait". J'ai rapidement fait le calcul, il fallait pour perdre mes 5kg que je mange 1000kca/jour pendant 10 semaines, soit 2 mois et demi ; nous étions fin aout, en novembre tout serait rentré dans l’ordre. Ça me paraissait génial ! J'ai rapidement mis la chose en application à mon retour, étant fan de légumes ça n'était pas difficile de me composer des repas ; je me nourrissait de chou-fleur vapeur, de blanc de dinde et de yaourts 0%. Je changeai de plats tous les jours, me composant des petits millefeuille aubergine-tomate au coulis de champignon, je créai vraiment des plats sympas ! Et je me disait que vraiment, c'était plus facile que prévu. Même quand j'avais une soirée bar-mcdo de prévue, je buvais du coca 0% et calculais avec soin combien de calories me coûteraient 4 nuggets et 1 sachet de tomates cerises. Et les premiers kilos se perdaient vite, ce qui était d'autant plus motivant.

Mais 1000kcal, mon corps m'a vite fait comprendre que cela était insuffisant. J'ai commencé au bout d'une dizaine de jours à me sentir fatiguée, à avoir la tête qui tourne en allant au sport, à avoir froid... J'ai fait quelques recherches et me suis vite rendue compte que mon corps s'était mis en hypométabolisme, soit au ralenti, pour économiser mes réserves dans cette situation interprétée comme "famine" - et que donc j'allais arrêter de perdre du poids et juste me sentir mal en continuant ainsi.

J'ai donc décider de manger 1400kcal/jour, seuil à partir du quel le corps se met en théorie au ralenti. J'avais l"impression de pouvoir manger beaucoup plus ! Et je me sentais mieux, c'était l'essentiel.

Au mois de décembre, je rentrai à nouveau dans du 38 alors que je n'avais perdu que la moitié de mes kilos en trop - j'étais aux anges.

Je crois que j'ai continué à tourner grosso modo autour de 1500kcal/jour jusqu'en février-mars, et mon poids le plus bas ayant été 60,9kg en avril avant mon séjour à New-York.

J'étais ravie et me sentais vraiment bien. Je n'ai pas vraiment le souvenir d'avoir eu de gros craquages ou fringales à cette époque, tant j'étais concentrée sur mon objectif.

Mais une question s'est posée ; ok, maintenant que je suis à un poids qui me convient, je fais comment pour y rester ?

J'ai doucement décidé de manger à nouveau des féculents - l'angoisse. Les calories grimpaient si vite dans le compteur quand je calculais combien ces 2 cuillères à soupe de pâtes allaient m'apporter ! Je me limitait à 100g de pâtes cuites (soit 30g crues), donc 100kcal, auxquelles j’ajoutais des tonnes de légumes pour avoir une assiette volumineuse. C'était bon, ça me remplissait, mais toute cette anxiété autour des repas était invivable.

C'est à ce moment que je me suis rendue compte du piège dans lequel alors prise ; le décompte des calories. Je n'arrivais plus à manger un repas sans compter, je ne savais plus à combien par jour je pouvais avoir droit, j'étais terrorisée par l'idée de boire un café au lait qui allait m'apporter des calories "non prévues".

J'ai erré dans cette angoisse alimentaire quelques semaines, puis suit tombée sur la Chrononutrition ; manger ce qu'on veut, mais aux bonnes heures, pour que le corps puisse utiliser de suite ces nutriments, et garder la ligne sans se priver. Fromage, chocolat, charcuterie, pâtes... Cela semblait être un régime de rêve ! De plus, les exemples de journées-type proposés me paraissaient plus que facile à suivre, et en accord avec mes anciennes habitudes alimentaires. Hormis le fromage le matin (et encore, je me suis vite mise à adorer ça), les autres repas coulaient de source pour moi.

De plus, ce "régime" nous proposait deux cheat meals par semaine, soit deux repas "plaisir", sans compter et sans réfléchir. Vraiment, ils avaient pensé à tout.

Seul hic : pas de yaourts, afin d'éviter un apport de sucre inutile en fin de repas. Moi qui en était une grande habituée, cela m'embêtait un peu de me priver de cela, mais finalement je me disais que ce n'était qu'une habitude à prendre - ou plutôt à perdre.

Ce régime m'a vraiment ravie au début ; je me faisais plaisir, mon poids restait stable, je mangeai à nouveau des aliments "bannis" ces derniers mois, et c'était socialement finalement assez simple. J'ai découvert une grande communauté de "chronoteuses", toujours à la recherche de recettes de plus en plus délicieuses et innovantes, et m'éclatait en cuisine comme à table. J'ai commencé à cuisiner avec les purées d'amandes et d'oléagineux, et avait droit tous les jours à un goûter composé de fruits et de chocolat noir ou de noix ; moi qui avait volontiers un petit creux vers 17h, cela me convenait à merveille.

Le régime précisait d'ailleurs qu'il ne fallait en aucun cas râter le goûter, quitte à le prendre à 18-19h et à ne pas/peu manger le soir si la faim n'était pas là.

C'est un des points de ce régime qui a commencé à m'embêter, car j'aimais le côté social/convivial/famille du repas du soir, et le supprimer ou ne "pouvoir" y manger qu'une assiette de brocolis vapeur était un peu triste.

J'ai commencé à avoir des frustrations, alors que je n'avais jamais prêté une attention folle aux yaourts, mes "repas plaisir" finissaient presque systématiquement par une orgie de yaourts, le plus gras et les plus sucrés si possibles : danettes, liégeois, crème caramel, et j'en passe... Ce fut la naissance de mes crises de boulimie. En fait, je transformai mes repas-plaisir en "occasion pour manger tout ce qui m'est interdit". Je rentrai d'une soirée chez des amis, et mangeait 2-3 desserts ce ce type car "c'est le repas-plaisir, il n'y en a que 2 dans la semaine, c'est maintenant ou jamais".

Je devenais de plus en plus frustrée, et cela se voyait sur les quantités de ce que je mangeais : encore plus de fromage le matin, de viande le midi, de fruits à 16h... Étant "interdite" d'augmenter les proportions de féculents, je me vengeais sur le reste - sans réelle faim. Cela s'est vite ressenti sur la balance, et sur mon moral.

J'ai dû suivre ce régime pendant un an environ, et mon voyage de 2 mois en Australie est arrivé à point nommé. Alors que je me demandai quelques semaines auparavant comment j'allais pouvoir expliquer que je mangeais du fromage le matin, j'étais en fait soulagée de changer d'air, et de finalement essayer de remanger normalement.

C'est au cours de ce voyage que j'ai découvert le végétalisme.

Je suis tombée sur ces comptes Instagram plein de couleurs, de fruits, de smoothie, pétillants et plein de vie - et j'ai de suite eu envie de me les approprier. Je crois que l'année passée avait suffit à me dégouter de la viande.

Je suis rentrée de ce voyage, bien dans ma tête et dans ma peau (étant en voyage avec 2 amies anciennes ou actuelles anorexiques, nous mangions vraiment sans excès et j'avais a nouveau perdu mes kilos superflus et tournait alors autour de 62kg). J'ai déménagé dans Lyon en colocation avec ma meilleure amie, que je savais capable d'accepter toutes mes bizarreries alimentaires, plus motivée que jamais pour basculer vers une alimentation végétalienne.

Le chemin ne s'est pas fait en un claquement de doigt, j'ai alterné entre des phases de végétalisme et des retours à une alimentation omnivore pendant quelques mois, si ce n'est pas une année. Et puis j'étais végétalienne la semaine, et omnivore le week-end lorsque nous sortions avec nos amis. Et puis cette situation m'a de plus en plus dérangée, et j'ai fait mon coming-out, pouvant alors pleinement assumer de commander une pizza sans fromage, ou d'apporter des saucisses de seitans aux barbecues.

Tout cela s'est fait sur 2 ans en moyenne ; je n'ai pas vraiment vu de différence sur mon poids, mais j'ai en revanche découvert une façon de m'alimenter avec PLAISIR et sans craindre un retentissement néfaste sur mon corps ou ma santé.

Mais je n'étais pas encore au bout du chemin, et mes études de médecine n'étaient pas terminées ; j'avais toujours en moi ces schémas "anxiété-manger" ou "pause-manger", "2 craquages autorisés par semaine", et des crises de boulimie régulières. Devenir végétalienne ne m'a finalement pas fait perdre beaucoup de poids, j'ai continué à osciller entre 64 et 66kg, je mangeais très sain au quotidien et puis dévorais je ne sais combien de calories sur un craquage de gras et de sucré (oui mais au moins, je craquais végétalien ; c'était sûrement toujours moins pire ;-)). J'étais coincée dans un espèce de dilemme entre "peur de craquer" et "seul craquage de la semaine donc autant se lâcher", impossible à raisonner dans cette dernière situation.

Mes crises de boulimie se sont amoindries petit à petit, en emménageant avec chéri. Je me suis épanouie dans cette nouvelle vie, dans mon végétalisme, dans ma vie d'interne (ouf, études finies !), et dans la salle de sport d'en bas de chez moi. J'avais toujours des pulsions régulières et frustrantes, car je savais à présent les reconnaître et les dissocier de la faim, je savais même qu'elles survenaient surtout si j'étais fatiguée - mais pour autant je ne savais pas les contrer. Ce n'était plus que des mini-crises de boulimie, mais manger sans faim était toujours culpabilisant pour moi - et pas sans conséquences sur la balance, même si j'avais arrêté de me peser trop fréquemment depuis déjà un moment.

Je continues à me promener dans des régimes divers et variés, toujours végétaliens : sans sucres, sans gras, sans gluten, ... J'alterne, je fais mes propres expériences, et si à chaque fois je suis initialement ravie du résultat, j'en reviens vite à la même conclusion : manger varié, équilibré, et surtout selon sa faim sont les seules choses à respecter.

J'ai désormais renoué avec mon corps, et j'arrive à interpréter les signaux qu'il m’envoie. Si auparavant tout était confondu en "faim", je peut maintenant reconnaître la soif, la fatigue, la contrariété.

Mon poids oscille toujours entre +/- 2-3kg, mais je ne me stresse plus (du moins j'essaie), je m'écoute et finit toujours par être ravie du résultat.

J'ai la chance de ne jamais réellement avoir de répercussions trop importantes de mes TCA sur ma santé ou même sur mon poids, et je n'ai jamais vu mon IMC chute de façon incroyable ; comme quoi quelques 5-6kg parfois peuvent suffire à créer des troubles du comportement alimentaire...

Que vous soyez actuellement victime de TCA, ou que vous l'ayez été, n'hésitez pas à, partager votre expérience en commentaire. Nous sommes plus nombreu(ses)x que ce que nous pensons, et avons tout intérêt à échanger ensemble, pour avancer et pour se prouver qu'il y a une issue ! :-)

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